E Cunfraternite

E Cunfraternite

E CUNFRATÈRNITE DI CORSICA :
Extrait du texte de présentation de l’Exposition du Museu di la Corsica / Musée de la Corse à Corte : « Les confréries de Corse : Une société idéale en Méditerranée » .

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S’inscrivant dans un contexte méditerranéen, prenant place au cours de son histoire à côté d’autres associations pieuses de laïcs, ce mouvement confraternel dont le développement a été favorisé en Corse par les Franciscains, va irriguer la société insulaire dès la fin du Moyen-Âge, atteignant son apogée à l’époque moderne. Supprimé sous la Révolution, à nouveau autorisé sous l’Empire, il se perpétue jusqu’à nos jours, marqué par des évolutions, des phases de déclin puis de renouveau.

« Reflet et modèle des communautés », les confréries des « Disciplinati della Santa Croce », dits aussi « Battuti » en référence à la « discipline » qu’ils se donnaient publiquement ou en privé en mémoire de la Passion du Christ, se donnent à voir comme une « société idéale », égalitaire.

Régies par des statuts, administrées par des officiers qu’elles élisent prieur, sous-prieur, trésorier, elles témoignent d’une commune appartenance par leur habit, leur bannière, leur église qu’elles entretiennent et qu’elles ornent, jouant ainsi un rôle majeur dans la commande insulaire d’œuvres d’art, ainsi que par les manifestations de piété collectives, par les paraliturgies et les rituels organisés principalement autour de la Semaine Sainte (processions, chants,sepolcri et décors éphémères…).

Par des obligations morales de bonne conduite et de bonnes mœurs de leurs membres, par les obligations sociales d’assistance, de charité, de régulation des conflits et de réconciliation des parties rôle de paceri, par leur « prise en charge » de la mort, non seulement de l’agonie du confrère à son inhumation, mais aussi en qualité de « passeur des âmes » et d’intercesseurs, elles s’affirment, au cours des siècles, comme marqueur d’identité et de sociabilité d’une société rurale et urbaine dont elles renforcent, par leurs pratiques, les solidarités.

« TOUS FRÈRES »

Les confréries de pénitents de Corse, sont des marqueurs dès le Moyen Age de la sociabilité insulaire.

A côté d’elles, prirent place au cours des siècles d’autres associations pieuses de laÏcs diffusées dans la Chrétienté : Tiers Ordres, Laudesi, confréries liées aux dévotions nouvelles post tridentines, telles celles du Saint Sacrement, du rosaire, de la Bonne Mort ou encore des Ames du Purgatoire, congrégations mariales ou du Sacré Cœur de Jésus du XIXème siècle…. sans oublier les confréries de Prêtres et de métiers.

UNE SOCIÉTÉ IDÉALE

Placées sous diverses titulatures, ces associations de dévots dites le plus fréquemment « compagnie dei disciplinati della Santa Croce », « modèle et reflet » de communautés, se donnent à voir comme une société idéale.

Se voulant égalitaires, elles sont régies par des actes fondateurs définissant leur organisation, les droits et devoirs des membres.

Administrées par des officiers élus, relais d’institutions publiques, médiateurs et ré- conciliateurs, elles affirment leur commune appartenance par : l’église ou l’autel de confrérie, l’habit, la bannière, les pratiques de dévotion collective, leur présence en habit aux fêtes liturgiques et patronales.

C’est de ces dominantes, révélatrices de l’aspiration constante des hommes à donner corps à une « société idéale » que les Confréries demeurent aujourd’hui.
Les confréries de pénitents s’affirment en corps constitué dans les paraliturgies de la semaine sainte.

Elles témoignent par leurs offices centrés sur la méditation de la passion du Christ, par leurs processions et rituels associés aux décors éphémères, par leur répertoire musical, d’une piété baroque exacerbée.
Des Rameaux au dimanche de la Résurrection, elles rehaussent également de leur présence les offices de la paroisse.

« Le bien mourir, ou de la mort exposée à la mort dérobée »

Les confréries avaient pour mission d’aider l’agonisant à bien mourir en l’invitant à faire son testament pour mettre en ordre ses affaires, à s’en remettre à Dieu et à la cour céleste pour le salut de son âme. De la levée de corps à la sépulture elles accompagnaient le défunt, prenant en charge les frais de funérailles, priant et faisant célébrer des messes en suffrage de leurs âmes, elles s’affirmaient aussi comme des intercesseurs privilégiés. Confrontées aux nouvelles exigences de la société elles continuent aujourd’hui encore à placer la mort au centre de leurs solidarités confraternelles.

LES CONFRÉRIES COMMANDITAIRES

Les confréries s’affirment au cours des siècles comme des commanditaires majeurs d’œuvres d’art.
Elles édifient des chapelles indépendantes ou fondent des autels dans les églises paroissiales.
Elles les ornent de riches décors et d’œuvres exceptionnelles en faisant appel à des artistes de renom. Elles complètent cette ornementation par la commande de la vie économique.